Bourgogne : déclaration de SUD FPA au CRE extraordinaire de Janvier

Le 16/01/2013

Nous reprendrons dans un premier temps la position de notre syndicat parue dans le dernier SESAME consacré à ce sujet avec quelques additifs :

SUD AFPA et le Plan de Refondation

Bien public

Que savons-nous du Plan de Refondation ? Qu’il va acter la liquidation des missions et fonctions nationales historiques de l’AFPA qui, toutes, concouraient à la reconnaissance de son exemplarité et à son efficacité sociale incontestable dans le domaine de la formation qualifiante, en un seul parcours, pour des publics accueillis et accompagnés. L’AFPA elle-même y survivra-t-elle ? Démonstration.

La formation qualifiante pour adultes, comme l’éducation, est un bien public qui doit être financé par l’impôt. Elle prépare à un métier, est sanctionnée par un diplôme ou un titre professionnel reconnu par des conventions collectives. Les formations d’adaptation se cantonnent à la notion d’employabilité, synonyme de réponse immédiate à un besoin ponctuel des employeurs ; elles fabriquent de la précarité.

Grâce à la formation qualifiante, dont les avantages ne se limitent pas à la satisfaction de l’intérêt particulier, chacun peut se réaliser dans un métier, obtenir un salaire décent, se reconnaître dans son travail, se maintenir en bonne santé et appartenir à un collectif. Tout ce que l’idéologie néolibérale attaque ou néglige.

Les entreprises et les régions, empreintes de cette idéologie, parce qu’elles ont des visions limitées à leurs seules logiques territoriales financent pour une bonne part des formations d’adaptation directe aux emplois immédiats locaux.

 

Nos valeurs historiques de service public sont gravement remises en cause avec ces nouvelles stratégies. N’est-il pas inconcevable que certaines de nos formations soient vides de stagiaires alors que le nombre de demandeurs d’emploi (et donc redevables éventuellement d’une formation professionnelle) ne cesse d’augmenter ? Les chiffres annoncés pour 2013 sont alarmants et en progression constante.

L’Etat se doit de financer les formations qualifiantes et non laisser les Régions mettre à la vente, au plus bas prix, les seules prestations qu’elles peuvent, ou veulent, acheter .Sinon :

 

C’est accepter, pour l’AFPA de mettre fin à des formations reconnues par un diplôme d’Etat.

C’est sacrifier le modèle pédagogique de l’AFPA !

C’est remettre en œuvre le plan stratégique de Caïla en réemployant ceux qui l’ont appliqué avec zèle !

C’est cautionner et en faire payer par le personnel l’irresponsabilité de l’État (abandon des métiers historiques, suppression d’effectifs, surcharge de travail, fermetures de centres, etc.) !

 

Suite aux derniers évènements et prises de paroles nous ajouterons ceci :

 

Que dire des vœux de notre nouveau DG pour lesquels, nous ne l’espérons pas, « …la durée de vie n’excédera pas le printemps… »?! (pour être plus clair, une affirmation vaut mieux qu’une double négation)

 « …Et surtout (nous devons) rester ambitieux : les entreprises et l’international (notamment les pays du Maghreb ou de l’Afrique francophone) seront à n’en point douter de larges contributeurs à notre chiffre d’affaires dans les années à venir, si l’on se donne les moyens d’investir ces marchés… »

Est-ce à dire que nous allons délocaliser l’AFPA dans les entreprises ou en Afrique (francophone quand même !)?

 « … notre organisation reste encore trop éloignée des « standards » de l’entreprise performante… »

Quels sont ces « standards » salvateurs que nous ignorons depuis si longtemps et dont aucun n’est évoqué ici ?

« …Enfin, j’ai la conviction que si l’impulsion et les politiques générales sont du ressort du siège, leurs déclinaisons pragmatiques, les initiatives et les responsabilités incombent largement au terrain. C’est pour cette raison que la double appartenance et le fameux « double reporting » sont appelés à s’inscrire durablement dans nos manières de faire. Aucune entreprise de taille significative n’échappe à cette règle de bon sens qui ne doit pas inquiéter… »

Ce paragraphe demande, à lui seul, une longue explication : c’est qui le terrain ? en quoi le fait d’avoir une double hiérarchie est une règle de bon sens ? le simple fait de dire qu’elle ne doit pas nous inquiéter est justement inquiétant et le « double reporting » n’est pas sans rappeler des termes employés et les organisations prévues (et ô combien porteuses de RPS !) dans un autre plan que nous avons combattu : le plan stratégique de Caïla !

 » …Je demande donc votre confiance et votre implication pour que, dans les mois à venir, nous puissions renouer avec la réussite et la sérénité qui ont pu nous faire défaut par le passé. Nous aurons tous besoin des uns et des autres pour réussir notre plan de refondation. Soyez donc exigeants envers vous-mêmes, mais bienveillants avec vos collègues : la bonne ambiance qui pourra régner entre nous est aussi un facteur clé de succès ! »

Ayons confiance, aimons-nous les uns les autres et tout va bien se passer !

 « …Je vous souhaite surtout pour cette année 2013, santé, amour et bonheur pour vous et vos familles, ainsi que réussite et longue vie à notre association… »

Pourquoi ne pas rester dans l’anglicisme dans cet ultime paragraphe et conclure par un « God bless AFPA ! » personnellement je rajouterais pourquoi pas « I had a dream »

Que dire des déclarations de notre premier ministre ?

 

Ce ne sont pas les 110 millions d’euros d’investissement annoncés par le premier ministre lundi dernier à Caen qui vont changer le cours des choses. Il en est lui-même conscient car il dit bien que c’est de 430 millions dont l’AFPA aurait besoin au total et, à ce jour, ils ne sont pas acquis. Quand bien même ils le seraient, nous ne savons pas à quel taux il faudra rémunérer les obligations associatives s’il s’agit de cela en ce qui concerne l’Etat et à quel taux devrons-nous rembourser les banques qui nous feraient des prêts ?

 

Le premier ministre a aussi parlé de baux emphytéotiques administratifs pour le patrimoine. 2 régions vont être retenues pour étudier leur faisabilité. Quelles sont ces régions, et surtout quels vont être les montants des loyers exigés pour ne pas faire de concurrence déloyale aux autres OF ? Qui va payer pour la réfection et la mise aux normes de tous ces locaux ? Là encore on ne sait pas !

 

Dans une même phrase Monsieur Ayrault nous dit qu’il y aura des réductions d’effectifs mais il s’engage à ce qu’il n’y ait pas de licenciements économiques au sein de l’AFPA ! Comment peut-il être aussi péremptoire ?

Thierry Repentin disait lui-même le 21 décembre dernier dans le journal Le Dauphiné :

« …Le 20 janvier, le tribunal de Bobigny statuera sur la liquidation de l’entreprise. Nous allons tout faire pour éviter des licenciements, même si ce n’est pas gagné. L’État va participer au capital, utiliser des baux emphytéotiques pour les locaux et faire en sorte que la structure reste l’organisme de référence des demandeurs d’emploi et des salariés… »

Monsieur Ayrault attend que les régions s’investissent plus avant dans la refondation de l’AFPA. Ce qu’il oublie de dire c’est que dès lors que l’Etat confie une compétence aux régions, il n’a plus son mot à dire quant à leur façon de la mettre en œuvre. Les Régions feront donc ce qu’elles voudront des sommes qui leur seront déléguées par l’Etat au titre de la formation professionnelle des adultes !

Certaines ont déjà choisi de ne plus financer les hébergements et la restauration !

 

Non, décidément l’AFPA n’est pas sortie des difficultés et en particulier dans notre région:

  • Combien de temps en Bourgogne allons-nous pouvoir supporter qu’une vingtaine de nos collègues formateurs se retrouvent sans stagiaires ?
  • Combien de temps allons-nous continuer de répondre à des appels d’offres du Conseil Régional qui nécessitent d’embaucher des CDD au détriment de nos CDI ?
  • Comment allons-nous faire pour assurer des formations qui nous ont été achetées sur des territoires où le plateau technique n’existe pas ?
  • Comment allons-nous faire pour accueillir des CIF dans des formations qui ne nous ont pas été achetées par le CR ?

 Autant de questions aujourd’hui sans réponses mais qui engagent la vie et la pérennité de notre association qui à ce jour est encore à but non lucratif mais confrontée à la jungle du « marché » !