Des vœux en forme de portrait !

En ce début d’année qui s’annonce particulièrement difficile, SUD FPA souhaite aux salariés de la formation professionnelle une année 2019 combative et enthousiaste, une année de progrès et de victoires dans nos luttes. 

Et pour citer notre Union Syndicale Solidaires : “Face à l’accaparement des richesses, aux attaques gouvernementales et patronales visant nos droits et nos protections sociales et face aux enjeux écologiques et internationaux, souhaitons-nous une année 2019 combative, résolue et enthousiaste, une année de progrès et de victoires dans nos luttes” 

A l’AFPA, nos luttes se centreront sur l’échec du plan de liquidation de notre institution, et plus particulièrement sur la défense :

  • D’une part de nos collègues et camarades qui seraient licencié.es si le projet de PSE venait à se réaliser
  • D’autre part, de toutes et tous les assistant.es visé.es par un projet de refonte de leurs métiers (assistant.es techniques, assistant.es commercial.es, assistant.es technico-pédagogiques…) en un unique emploi d’assistant.e de formation, dont il ne faut rien attendre. 

Une autre AFPA est possible que celle que nous préparent la direction et l’Etat, une AFPA en cohérence avec ses missions de service public, pour laquelle la formation sert d’abord la personne et non l’entreprise, pour laquelle la formation n’est pas soumise à un objectif absurde de rentabilité. 

Des salariés de l’AFPA y veillent chaque jour comme notre camarade breton dont le portrait suit :

 

Jean-Claude carbure à la marge

(article paru dans le Télégramme, quotidien régional de Bretagne le 3/1/2019) https://www.letelegramme.fr/cotes-darmor/saint-brieuc/social-jean-claude-carbure-a-la-marge-03-01-2019-12175062.php

Jean-Claude Diridollou n’est ni le père Jaouen, ni le père Guy Gilbert. Encore que. Accompagnateur social à l’Afpa de Langueux depuis 1999, ce tendre rebelle s’épanouit auprès des publics à la marge. Au quotidien, il s’efforce de remettre sur pied des vies cabossées. De leur redonner confiance. Et de les guider vers une formation, un emploi, un apaisement.

Pour évoquer le basculement de sa vie, à l’âge de 27 ans, Jean-Claude Diridollou utilise une jolie allégorie. « Je me suis retrouvé devant une feuille blanche. Et ce qui m’est apparu comme une évidence, c’est la marge. C’est là où je voulais être, là où je voulais travailler. Le reste de la feuille représentait la société. Or, la société, je n’avais rien à lui apporter ».

Les couloirs défraîchis de l’Afpa de Langueux connaissent parfaitement la silhouette singulière de Jean-Claude. Voilà près de 20 ans que le sexagénaire les traverse d’un pas docile et authentique. Du matin au soir. Sans relâche et sans lassitude. Sa mission ? « Les aider à retrouver la lumière », éteint-il de sa voix rauque. « Les », ce sont ces vies cabossées qui frappent à la porte du centre de formation professionnelle pour adultes. Ces « publics à la marge », pour reprendre la formule d’usage, qui peinent à tenir debout socialement, économiquement et psychologiquement.

Jean-Claude se lève chaque jour de la semaine pour eux. Pour les regarder avec bienveillance. Pour les écouter sans urgence. Pour les délivrer petit à petit de leur carapace. Pour leur prouver qu’ils valent bien mieux que rien. Pour les persuader que les beaux jours sont devant. À ce petit jeu, l’accompagnateur social a une arme redoutable : son âme rebelle. Celle qui le guide depuis son plus jeune âge. Celle dans laquelle son vis-à-vis puise toujours un peu d’énergie.

Tutoiement d’emblée, bracelets de festival au poignet, cheveu hirsute sous bonnet à grosses mailles. L’enfant de Bourbriac est à l’image de son parcours : inclassable et improbable. Couvreur en devenir à 17 ans, membre d’une communauté de vie dans la campagne callacoise, réfractaire au service militaire, voyageur au long cours en Asie, compagnon du devoir, ou encore formateur sur site pendant la construction du parc Euro Disney à Marne-la-Vallée (77). « J’ai vécu mes rêves », résume cet esprit libre, gourmand de rencontres et éternel épris de justice.

La fin des années 1990 approche. L’ennui le gagne. « La Bretagne et la pluie » lui manquent. Jean-Claude quitte la région parisienne et un poste d’animateur en insertion. Direction Concarneau, puis Langueux. « Je suis entré à l’Afpa en 1999 pour intervenir à la maison d’arrêt de Saint-Brieuc. Pendant huit ans, j’ai travaillé auprès des détenus. Ce fut l’une de mes meilleures expériences ».

Depuis cinq ans, il coordonne les actions auprès des bénéficiaires du RSA. Un public qui a perdu toute considération sociale. Qui se féminise. Qui se fait toujours plus nombreux. « À chaque session, on reçoit une soixantaine de candidatures pour 12 places », se désole-t-il. Pour les remettre sur pied, Jean-Claude leur montre une autre voie que celle de la compétitivité et de la norme. Une autre voie que celle du renoncement et de l’isolement.

Son discours, il le nourrit de son propre vécu et de tant d’autres. « Je ne leur raconte pas des histoires, je leur raconte de vraies histoires ». L’histoire de Jean-Claude s’écrit, elle, dans le sillage du père Jaouen ou du père Guy Gilbert. Dans l’ombre aussi. Sans bateau et sans blouson de cuir. « C’est marrant que vous disiez ça parce que j’ai failli être missionnaire dans ma jeunesse ». De fait, il l’est. Sauf que, sa mission, il ne l’effectue pas sous les ordres.

28 janvier 2019 4:07 Publié par